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Comprendre la RCC : la Rupture Conventionnelle Collective depuis 2017

La Rupture Conventionnelle Collective (RCC) est née des ordonnances Macron de septembre 2017. Codifiée aux articles L1237-19 et suivants du Code du travail, c'est aujourd'hui l'instrument de restructuration volontaire le plus protecteur du droit français. Décryptage complet.

Le principe : volontariat formalisé, aucun licenciement contraint

La RCC repose sur trois piliers :

  • Accord collectif majoritaire signé par les syndicats représentatifs ;
  • Volontariat pur — chaque salarié qui le souhaite peut adhérer, mais aucun salarié ne peut être licencié dans le cadre de la RCC, même en cas d'insuffisance de volontaires ;
  • Validation par la DREETS — l'administration vérifie la régularité de l'accord et la pertinence des mesures.

La grande différence avec le PSE : pas de motif économique requis

C'est l'une des innovations majeures de l'instrument. Pour engager une RCC, l'employeur n'a pas besoin de prouver des difficultés économiques. Il suffit que les partenaires sociaux trouvent un accord collectif majoritaire.

Cela permet aux entreprises de procéder à des restructurations préventives, d'optimiser leur masse salariale ou de favoriser des reconversions, sans avoir à justifier d'une crise. C'est précisément ce qui a séduit des groupes comme Stellantis (1 600 postes en 2024) ou Carrefour Sièges (1 233 postes en 2023).

Le contenu obligatoire de l'accord RCC

L'article L1237-19-1 du Code du travail liste les éléments que l'accord doit obligatoirement préciser :

  1. Les modalités d'information du CSE sur le projet ;
  2. Le nombre maximal de départs envisagés et les emplois concernés ;
  3. La durée pendant laquelle des ruptures peuvent être engagées ;
  4. Les conditions à remplir par les salariés pour candidater ;
  5. Les critères de départage entre les candidats potentiels ;
  6. Les modalités de calcul des indemnités de rupture ;
  7. Les mesures d'accompagnement : formation, validation des acquis, reconversion.

La procédure : 5 étapes

1. Négociation avec les syndicats

Comme tout accord collectif majoritaire, la RCC doit être signée par des syndicats représentant plus de 50 % des voix aux dernières élections CSE.

2. Information du CSE

Le CSE est informé du projet d'accord. Il n'y a pas de procédure de consultation aussi lourde que pour un PSE — la RCC est moins formalisée à cette étape.

3. Dépôt et validation DREETS

L'accord est transmis à la DREETS qui dispose de 15 jours pour le valider. Le silence vaut acceptation. La DREETS vérifie : la régularité de la procédure, le caractère majoritaire de l'accord, la suffisance des mesures d'accompagnement.

4. Adhésions individuelles

Les salariés intéressés candidatent. L'employeur examine les candidatures selon les critères définis dans l'accord. Le départ prend la forme d'une rupture amiable.

5. Versement des indemnités et accompagnement

Le salarié bénéficie de l'indemnité de rupture (au moins égale à l'indemnité légale ou conventionnelle), des mesures d'accompagnement prévues (formation, outplacement, bilan de compétences) et de l'allocation chômage normale après son départ.

Les indemnités : au moins le minimum légal, souvent plus

L'indemnité versée dans le cadre d'une RCC doit être au moins égale à l'indemnité légale ou conventionnelle. Dans la pratique, les accords RCC majeurs négocient bien au-delà.

Benchmarks observés dans OpenRecourse :

  • Stellantis 2024 : indemnité légale + bonus dégressif 8 / 6 / 4 mois selon timing d'adhésion + 8 000 € créateur d'entreprise ;
  • Carrefour Sièges 2023 : indemnité standard + bonus 3 mois si projet immédiat + plafond 24 mois ;
  • Webedia 2024 : 80-90 départs volontaires France dans un plan global de 50 M€ d'économies.

RCC vs PSE vs PDV : tableau comparatif

RCCPSEPDV
Volontariat purOui (obligatoire)Non — peut inclure licenciementsOui — mais peut basculer en PSE
Motif économiqueNon requisRequisVariable
Validation DREETSObligatoire (15j)Obligatoire (15j ou 21j)Selon cadre
Accord syndical majoritaireObligatoireSi voie accordRecommandé
Cadre juridiqueL1237-19 et s.L1233-3 et s.Jurisprudentiel

Pourquoi la RCC séduit-elle de plus en plus ?

Depuis sa création en 2017, la RCC est utilisée par de nombreuses grandes entreprises françaises. Trois raisons :

  1. Climat social préservé — pas de licenciements contraints = pas de conflit ouvert ;
  2. Image préservée — l'instrument n'a pas la charge symbolique négative du « plan social » ;
  3. Souplesse d'utilisation — pas besoin de prouver une crise économique.

En résumé

  • La RCC est l'instrument le plus protecteur pour le salarié : aucun licenciement contraint possible ;
  • Elle exige un accord collectif majoritaire et une validation DREETS ;
  • Elle est plus rapide qu'un PSE et plus souple, sans besoin de justification économique ;
  • Pour les salariés volontaires, c'est généralement l'option la plus avantageuse en termes de conditions financières et d'accompagnement.

Sources & références

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