Congé de reclassement vs CSP : lequel choisir ?
Le congé de reclassement et le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP) sont les deux dispositifs d'accompagnement après un licenciement économique en France. La règle est simple : c'est la taille de votre employeur qui détermine lequel vous est proposé. Vous n'avez généralement pas le choix — mais comprendre la différence vous aide à savoir si vous êtes bien servi.
La règle fondamentale : la taille de l'entreprise
| Effectif employeur | Dispositif | Qui finance |
|---|---|---|
| < 1 000 salariés | CSP (obligatoire) | France Travail (Unédic) |
| ≥ 1 000 salariés | Congé de reclassement (obligatoire) | L'employeur directement |
| Entreprise en redressement / liquidation judiciaire | CSP, quelle que soit la taille | France Travail |
Cette règle est strictement codifiée dans le Code du travail (articles L1233-65 pour le CSP et L1233-71 pour le congé de reclassement).
Le tableau comparatif complet
| CSP | Congé de reclassement | |
|---|---|---|
| Effectif | < 1 000 salariés | ≥ 1 000 salariés |
| Durée | 12 mois fixes | 4 à 12 mois (au choix de l'employeur) |
| Allocation pendant le préavis | N/A (renonciation) | 100 % du salaire |
| Allocation après préavis | 75 % du salaire brut | Minimum 65 %, peut atteindre 100 % |
| Plafond mensuel | 10 998 € | Pas de plafond légal — selon PSE |
| Statut | Stagiaire formation professionnelle | Salarié en contrat de travail |
| Carence avant indemnisation | 0 jour | Jusqu'à 75 jours après le congé |
| Bonus retour à l'emploi | Oui (jusqu'à 50 % des droits restants) | Non |
| Délai de réflexion | 21 jours pour accepter | 8 jours pour accepter |
| Prise en compte unemployment | Compte dans la durée de droits ARE | Compte aussi, après reprise éventuelle |
| Indemnités de licenciement | Maintenues | Maintenues |
CSP : les avantages clés
- 75 % du salaire brut (vs 57 % de l'ARE classique) — différence majeure pour les revenus modestes ;
- Pas de carence — vous percevez dès le lendemain de la fin du contrat ;
- Accompagnement intensif avec conseiller dédié France Travail ;
- 5 000 € de financement formation garantis par France Travail ;
- Bonus retour à l'emploi méconnu mais très attractif : si vous retrouvez un CDI ou un CDD ≥ 6 mois avant le 10e mois, vous touchez 50 % des droits ASP restants. À demander dans les 30 jours suivant la reprise.
Congé de reclassement : les avantages clés
- Pas de plafond légal d'allocation — pour les très hauts revenus, c'est décisif ;
- Statut de salarié maintenu — psychologiquement et administrativement plus confortable (mutuelle, prévoyance, ancienneté) ;
- Allocation pendant le préavis à 100 % du salaire (non plafonnée) ;
- Durée flexible — l'employeur peut proposer 4, 6, 9 ou 12 mois selon le PSE ;
- Cabinet de reclassement souvent plus haut de gamme (LHH, BPI Group, Altedia) financé par l'employeur.
Les pièges du congé de reclassement
- Jusqu'à 75 jours de carence à la fin du congé avant le début de l'ARE — c'est le plus gros piège ;
- Allocation minimale de seulement 65 % — selon l'employeur, peut être moins favorable que les 75 % du CSP pour les salaires modestes ;
- Durée à la discrétion de l'employeur — un employeur restrictif peut imposer 4 mois là où 12 seraient possibles.
Le verdict de Cadre Averti
« Le grand avantage du CSP est que c'est un dispositif majoré qui ne dépend pas de la volonté de l'employeur. Le congé de reclassement, lui, dépend de la générosité de l'entreprise. Les grandes entreprises offrant un accompagnement robuste rendent le congé de reclassement supérieur ; celles qui le minimisent désavantagent les salariés par rapport aux bénéficiaires du CSP. » — Cadre Averti
Comment évaluer si votre congé de reclassement est généreux ?
Posez 4 questions à votre direction ou à votre représentant CSE :
- Quelle est la durée totale du congé de reclassement ?
- Quel est le taux d'allocation après le préavis ? (65 % minimum, mais souvent négocié à 70-80 % dans les bons PSE)
- Quel cabinet d'outplacement est désigné et quelle est sa réputation ?
- Y a-t-il un budget formation spécifique inclus ?
Si la réponse est : 12 mois, 80 %+, cabinet reconnu, budget formation ≥ 5 000 €, vous êtes plutôt mieux loti que le CSP standard. Si la réponse est : 4 mois, 65 %, cabinet inconnu, pas de formation, vous êtes moins bien loti.
Cas particuliers où vous avez un vrai choix
Le choix CSP vs congé de reclassement vous appartient véritablement dans deux cas rares :
- Entreprise passant la barre des 1 000 salariés au moment du licenciement (cas litigieux) ;
- Entreprise en sauvegarde judiciaire (CSP proposé même au-dessus de 1 000) — exemple récent : Casino Group 2024.
En résumé
- Le dispositif est déterminé par la taille de l'entreprise, pas par votre choix ;
- Pour les salaires modestes (≤ 4 000 €/mois brut), le CSP est généralement plus avantageux ;
- Pour les très hauts revenus (≥ 15 000 €/mois brut), un congé de reclassement bien doté peut surpasser le CSP plafonné ;
- Quoi qu'il en soit, vos indemnités de licenciement (légale, conventionnelle, supra-légale) restent dues — voir notre guide sur l'indemnité supra-légale.
Sources & références
- Service Public — Congé de reclassement
- Unédic — Contrat de Sécurisation Professionnelle
- Cadre Averti — Congé de reclassement moins intéressant que le CSP ?
- Cadre Averti — CSP : 8 choses à savoir
- JobExit — Comment savoir si vous relevez du congé de reclassement ou du CSP
- Code du travail — articles L1233-65 à L1233-70 (CSP) et L1233-71 à L1233-76 (congé de reclassement).